Le travail de la laine

Cliquez pour agrandir    Les soins accordés à la toison sont essentiels pour une bonne qualité de laine. La première opération est la tonte. Elle se déroule au printemps à l'aide de forces, outil attesté dès l'époque gauloise ; de nos jours elle s'effectue à l'aide d'une tondeuse électrique.
    Un arrachage à la main était possible, il est relaté dans les écrits romains, sur des moutons rustiques présentant une mue.
    Une fois cette tâche accomplie un nettoyage de la laine est nécessaire car la toison, malgré les soins apportés par le berger, se trouve parasitée par des débris de terre, de paille et autres. Un prélavage sur le dos de la bête était possible, avant la tonte, simplement à l'eau ou à l'aide d'une plante, la saponaire, qui permet le dégraissage des laines.
    Après élimination des parties les plus exposées, le produit de la tonte sera débarrassé du suint et de la suintine. Ce sont des graisses qui protègent la fibre mais empêchent le bon déroulement des opérations textiles. A l'ère de la mécanisation et de l'industrialisation, cette étape se déroulera au sein de l'usine, à l'aide de produits chimiques.
    Après l'essorage et le séchage de notre matière première, on pratique l'écharpillage, c'est à dire l'homogénéisation des lots de laine afin qu'ils puissent être travaillés dans de bonnes conditions.
Cliquez pour agrandir    Ensuite le cardage va démêler, paralléliser les fibres de laine et éliminer les dernières impuretés. La laine peut ensuite soit être directement filée et donner des produit plus rustiques, d'aspect plus naturel (tweed, tapis..), c'est le cycle cardé ; soit être peignée pour donner des produits d'aspect fin et doux.
Cliquez pour agrandir    Le peignage, effectué à l'aide d'un pecten ou peigne(de nombreux peignes de plus en plus fins à l'époque de la mécanisation), va non seulement disposer les fibres parallèlement mais aussi éliminer les plus courtes ( la paumelle ou la blousse ) qui seront destinées au cycle cardé. On obtient une mèche peignée, parfaitement lisse et affinée, prête pour la filature.

    Jusqu'à l'ère industrielle, le filage est une activité considérée comme féminine, se déroulant à domicile et à la campagne. C'est l'étape où l'on transforme la matière première en fil dont la régularité est primordiale car elle assure un tissage facile, donc un gain de temps et un tissu parfait. Le geste se décompose en deux actions: l'étirement et la torsion. L'étirement donne le diamètre du fil tandis que la torsion assure la cohésion et la solidité de celui-ci.
Cliquez pour agrandir    Aucun outil n'est vraiment nécessaire le simple frottement sur la cuisse peut suffire. Archéologiquement, l'outil le plus représenté durant l'antiquité est le fuseau. Utilisé dès le néolithique, c'est un petit instrument généralement renflé dans sa partie médiane et se terminant en pointes aux extrémités. Il permet de tordre et d'enrouler le fil au fur et à mesure de sa fabrication.
    Souvent l'adjonction d'une fusaïole ( disque plus ou moins renflé qui sert à entraîner le fuseau ) au bas du fuseau, permet selon son diamètre et son poids de déterminer les qualités du fil.
    Cette étape peut aussi faire appel à la quenouille. Celle-ci se compose d'un manche en bois dont le sommet porte une tête, parfois décorée, qui servait à rassembler les branches écartées afin d'accueillir les rubans de fibres ; le principe est identique c'est la manière de travailler qui diffère.

Cliquez pour agrandir    L'évolution de la technique du filage est marquée au Moyen Age par l'apparition de la roue à filer. Venue du monde Musulman, celle-ci aurait pénétré en occident au XIIème siècle. Le fuseau est tenu par une broche, maintenue horizontalement par deux supports et se prolongeant vers l'avant ; Le mouvement de rotation, destiné à donner la torsion nécessaire au fil, est communiqué par une poulie ( et non plus par la fusaïole). Cette poulie est reliée par une courroie à la roue motrice, actionnée à la main à l'aide d'une manivelle.
    Enfin, apparaît au cours du XVe siècle un autre instrument de filage d'origine italienne, le rouet à fuseau à ailette, actionné à la main.
    L'opération de filage, malgré son aspect domestique est une étape primordiale dans le processus de fabrication du tissu. Le titrage, qui est l'étape ou la fileuse va mesurer la grosseur et la longueur de son fil, témoigne de la précision du geste. Il s'effectue à l'aide du jaspe, outil très ancien ( à l'origine un simple bâton muni de deux départs de branche ou de traverse de bois) sur lequel le fil est dévidé. Ainsi la fileuse peut calculer la longueur de fil quelle vient de filer.

    En 1767, James hargreaves installe 8 fuseaux sur un cadre de bois et appelle cet appareil " Jenny " , prénom de sa fille. Cette machine à filer sera encore améliorée par la suite mais est toujours actionnée à la main.
    Le métier à filer de Richard Artwright est quand à lui, actionné par la force motrice du cheval puis par la force hydraulique mais il comprend seulement 4 fuseaux et fabrique un fil grossier alors que celui de Jenny est reconnu pour sa finesse et sa régularité.
    Dans les année 1770, Samuel Crompton combine les avantages de plusieurs machines et invente la Mule Jenny qui connaît un grand succès grâce à l'incroyable gain de productivité qu'elle apporte en matière de filage. Enfin, à partir de 1785, J. Watt fait mouvoir les métiers à tisser par sa nouvelle machine à vapeur et dans les années 1840, la filature mécanique prend le dessus sur le filage au rouet, pratiqué à domicile.
    Au XXème siècle, avec les métiers continus, toutes les opérations d'allongement, de torsion et d'enroulement du fil, décrites précédemment, sont assurées en même temps, par le passage du ruban de laine peignée dans six à huit métiers (gills-boxes puis bobinoirs). Si le fil casse, l'extrémité flottante de la mèche est aussitôt absorbée par un dispositif pneumatique qui l'empêche de s'emmêler avec les fils voisins.

    L'ourdissage consistait au montage de la chaîne, par enroulement de fils de même longueur sur une ensouple, avant son installation sur le métier. Cette technique date de l'époque des métiers verticaux à poids ; elle aurait pu disparaître avec l'invention du métier à chaîne horizontal qui, permet l'ourdissage direct. Pourtant elle continue à être pratiquée parce qu'elle assure la solidité du tissage et conjure ainsi la peur du fil rompu.

    Le tissage consiste en l'entrecroisement, pour la production de tissu, de deux séries de fils : l'une appelée chaîne (tendue sur le métier à tisser), l'autre appelée trame, insérée au fur et à mesure de la formation du tissu, par passages successifs au dessus puis en dessous des fils de chaîne.
   Le métier à tisser horizontal est le plus ancien métier à tisser, son utilisation est attestée en occident dès l'age du bronze. Très rudimentaire, il était installé à même le sol. Il se composait de deux barres parallèles (les ensouples) qui portaient les fils de chaîne. Ces barres étaient maintenues au dessus du sol par 4 petits poteaux disposés aux angles. Le tisseur faisait passer le fil de trame au dessus et en dessous des fils de chaîne.
Cliquez pour agrandir   Le métier vertical, utilisé dès l'époque gauloise, était composé d'un cadre de bois disposé verticalement, de façon plus ou moins inclinée. Les fils de chaîne suspendus autour de l'ensouple (rouleau en bois) étaient tendus par des pesons. Une amélioration technique, la barre de lisse, parallèle à l'ensouple permettait d'accélérer le travail en soulevant en une seule fois , les fils de trame choisis.
    Autre métier vertical, le métier à deux traverses est connu au Danemark dès l'age du fer et se répandit aux premiers siècles de notre ère . Il présentait la nouveauté d'une deuxième barre en remplacement des poids, ce qui permettait de tisser du bas vers le haut donc en position assise, plus confortable pour le tisseur. Particulièrement pratique pour le tissage lent des tapis et tapisseries, il est encore utilisé aujourd'hui.
    Sur le métier à bras, bâti en bois et encore largement utilisé en Europe au XIXème siècle, les fils de chaîne sont tendus horizontalement entre une ensouple à l'arrière et une traverse (appelée poitrinière) ou une autre ensouple, à l'avant. Ils sont levés et abaissés au moyen de pédales reliées aux lisses. Ces lisses sont des cadres suspendus sur lesquels sont tendues des rangées de mailles (fils de longueurs égales) dont chacune forme en son milieu, un oeillet dans lequel passe un fil de chaîne. C'est avec ce type de métiers que, la draperie médiévale a pris son essor en Europe, pour s'inscrire dans l'histoire comme l'un des premiers exemples de production à grande échelle.
Cliquez pour agrandir    En 1733, John Kay invente un système de fouet chassant la navette par percussion ce qui accélère considérablement le travail : le tisserand n'est plus obligé de guider la navette à la main et double ainsi sa productivité. Avec le battant alternatif, le système est encore amélioré : il permet d'utiliser simultanément des fils de trame de couleurs différentes afin de produire des étoffes multicolores. Enfin c'est en 1784 que le métier automatique est inventé mais techniquement imparfait, il n'est adopté que très lentement. Il faudra donc attendre 1801 et l'invention de Joseph Marie Jacquart pour voir véritablement le tissage passer à l'automatisation. Ce métier qui, consistait en un perfectionnement de celui de Vaucanson, permettait de déterminer l'envergure de la chaîne et de sélectionner les fils grâce à des cartons perforés, ce qui rendait possible la réalisation de n'importe quel motif et améliorait considérablement le tissage d'étoffes de couleur.
Cliquez pour agrandir    Aux XIXème et XXème siècle, la mécanisation s'accélère, les métiers se perfectionnent et augmentent leurs capacités de production grâce à l'utilisation d'énergies nouvelles : la vapeur puis du gaz et enfin l'électricité. On peut distinguer :
    - Les métiers à tisser automatiques ou le changement de canettes se fait mécaniquement,
    - Les métiers sans navettes ou la trame est introduite dans la chaîne en la tirant directement d'une ou plusieurs bobines placées sur le coté de la machine,
   - Les métiers à tricoter qui produisent un tissu de jersey an grande largeur formé uniquement de fils de chaîne liés entre eux par une maille.
    Après le tissage, chaque pièce est mesurée et visitée afin d'éviter de reproduire les imperfections sur les pièces suivantes. L'épluchage débarrasse les pièces des petites imperfections qui apparaissent sur l'endroit du tissu, le piqurage répare les derniers défauts de filature et de tissage. Viennent ensuite les opérations de teintures (qui peuvent avoir été pratiquées avant le filage) et d'apprêts qui modifient l'aspect des étoffes suivant le genre de tissu recherché. L'ordre et la nature des opérations varient selon la structure de la matière (laine cardée ou peignée) et selon la destination de l'étoffe (draperie pour homme, robe, lainage) : pour une gabardine, on fera valoir le grain en le rendant plus net et plus brillant ; pour un velour de laine, on donnera à l'étoffe plus d'épaisseur.

[ Retour Sommaire ]