Les usines textiles

Cliquez pour agrandir    Souvent installées dans des bâtiments édifiés à d'autre fins, les premières usines textiles du département (celles d'avant 1850) n'étaient pas comparables à celles d'outre-manche.
    Ce passage à l'usine moderne se fait dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Ainsi, lors de son voyage en Angleterre, au début des années 1840, L. Motte Bossut s'imprègne des techniques nouvelles et du style architectural qui y est à l'honneur : il décide alors d'utiliser les machines qu'il y a vues (les renvideurs appelés self acting mull ), à partir de 1853, il fait construire une usine proche du style victorien et à partir des années 1862-1872, il installe le système " fire-proof " (" à l'épreuve du feu ")anglais.
    L'usine s'adapte aux nouvelles conditions technologiques et devient un organisme complexe. Des bâtiments de plus en plus nombreux, occupent de vastes superficies et se décomposent en magasins, entrepôts et longs ateliers aux toits brisés : les sheds, originaires d'Angleterre qui, font alterner versants aveugles et vitrés en forte pente pour éclairer uniformément de vastes surfaces ; leur orientation au nord empêchant l'échauffement des machines en milieu de journée.
Cliquez pour agrandir    De longs murs de briques clôturent le territoire de l'usine ; l'entrée est souvent monumentale ; l'ensemble est le fruit d'une collaboration entre l'architecte et l'ingénieur. Avec ses tours et murs crénelés qui, ne sont pas sans rappeler les châteaux forts médiévaux, l'usine devient le symbole de la puissance du patronat textile ; l'usine Motte-Bossut à Roubaix en est sans doute l'un des plus beaux spécimen.
    Dans les années 1900, un nouveau modèle architectural s'impose : l'usine perd de sa hauteur. Les ateliers deviennent de vastes hangars en forme de quadrilatère et sans étage, les façades sont plus strictes, simplement percées de fenêtre rectangulaires : l'effort stylistique ne se concentre alors plus que sur quelques éléments : portail, cheminée et tours.

    Dans les usines textiles, la proportion de femmes est particulièrement élevée (jusqu'à 70% pour certaines tâches). Celles-ci sont plutôt jeunes, en effet l'exercice de telles professions est difficilement compatible avec une vie familiale donc une fois mariées, les femmes abandonnent souvent leur travail.
Cliquez pour agrandir    Quant aux enfants, leur destinée est toute tracée ; souvent même, on n'attend pas le terme de leur scolarité. A la fin du XIXème siècle et jusqu'en 1945 même, les lois sur l'obligation scolaire (1874, 1892) sont bien souvent violées. Il faudra attendre l'établissement des allocations familiales pour que la législation soit suivie et que le travail des enfants ne soient plus la solution aux problèmes de revenu des familles.
    A la fabrique, les conditions de travail sont pénibles, les lois limitant les journées ne sont pas toujours respectées, surtout en période de presse : les machines sont alors actionnées jour et nuit, les pauses ne sont pas toujours ménagées. Les conditions matérielles pénibles, dangereuses et nuisibles à la santé rendent encore plus difficiles ces longues journées. Le bruit assourdissant des machines, la lumière artificielle, les positions exténuantes (station debout pendant des heures, machines trop hautes ou trop basses), les odeurs nauséabondes, des conditions d'hygiène déplorables, une température et une humidité élevées rendent harassantes voire dangereuses les longues journées des ouvriers. Malgré les progrès réalisés, les accidents sont fréquents ; il reste beaucoup à faire.

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