Rites funéraires en Gaules du Nord

Sépultures de Leval-Trahegnies
La tombe de Fampoux

barre.gif (592 octets)

fibule.jpg (5953 octets)La connaissance des pratiques funéraires dans nos régions est soumise aux découvertes archéologiques car il n’existe aucune trace écrite qui puisse nous aider à la compréhension de ces rites. Les vestiges archéologiques traduisent des coutumes très complexes, diverses selon les époques et localisations. L’interprétation d’ensemble est peu aisée. De plus, si quelques tombes sont richement fournies en objets (céramiques, bijoux, armes ou éléments métalliques de char), la plupart d’entre elles sont peu spectaculaires. En effet, la tendance marquée à l’incinération des corps induit le faible reliquat des vestiges ; les fosses ne sont pas matérialisées en surface, peu lisibles et le matériel archéologique pauvre. C’est alors que les études annexes à la fouille même sont très précieuses : anthropologie, zoologie, palynologie. Enfin, la séparation absolue du monde des vivants et des morts n’existe pas et il semble que tous les défunts n’aient pas place dans une nécropole.
De façon globale, et dans l’état actuel de nos connaissances, on peut reconnaître en Gaule du Nord l’évolution des rites funéraires communs à l’Europe des Celtes. Pour cela, il faut intégrer les découvertes archéologiques d’un Nord élargi : Champagne, Somme et Belgique comprises. En effet, dans le Nord Pas-de-Calais, aucune sépulture du Vème siècle n’a été découverte. Mais en Champagne, ou de façon comparative dans les Ardennes belges, a été mis au jour un très grand nombre de tombes à inhumation, où le défunt est équipé pour l’au-delà, «apprêté de ses meilleurs atours». Pour les plus riches, on reconnaît les tombes féminines, dont le corps est paré de bijoux (torques, bracelets et fibules), des sépultures masculines identifiables par la présence d’armes. Des offrandes alimentaires (morceaux de viande principalement) et des céramiques complètent le mobilier archéologique. Enfin, dans les plus prestigieuses d’entre elles, un char, enfoncé dans la tombe grâce à deux encoches pour les roues, accompagne le défunt, homme ou femme.
situle.jpg (6683 octets)La prédominance du rite de l’incinération sur celui de l’inhumation au IIIème siècle avant J.-C. dans l’Europe celte est vérifiée dans notre région. Autrement dit, même si aucune sépulture du Vème siècle n’a été retrouvée, la majorité des sites funéraires du IIIème siècle est constituée de fosses avec restes humains brûlés. A Bavinchove (près du Mont Cassel) deux fosses de grande taille, plutôt appropriée à une inhumation, ont été mises au jour en 1989. Des fragments de céramique permettent de dater l’ensemble à la Tène moyenne (III - IIème siècles). Dans l’ouest du département du Pas-de-Calais et en Picardie, une partie du «Belgium» d’après la dénomination de la Guerre des Gaules, la multiplication des fouilles sur le tracé du TGV et des autoroutes A16, A28 et A29 a occasionné, très récemment la découverte de centaines de tombes, regroupées en de multiples petits cimetières, probablement d’échelle familiale. Ces nécropoles, uniques dans la région, datent de la Tène moyenne et sont associées à l’habitat dispersé caractéristique de cette région. Dans les fosses, les ossements à demi-brûlés sont déposés en tas avec parfois des accessoires vestimentaires et accompagnés de quelques céramiques. En Artois, aucune nécropole entière n’a été repérée mais quelques tombes, de façon majoritaire à incinération, présentent cependant une grande complexité des rites. A Saint-Laurent-Blangy, près d’Arras, trois fosses à incinération attribuables à la deuxième moitié du IVème siècle et à la première moitié du IIIème siècle présentent en des fosses spacieuses, des restes d’incinération de corps humains et d’animaux disposés à côté de céramiques de belle qualité, regroupées dans un coin. Le mobilier de deux tombes est présenté dans l’exposition. Leur aspect est comparable à celui des poteries du «Groupe de la Haine» en Hainaut Belge (matériel des tombes de Leval-Trahegnies, exposé). Des sépultures à inhumation, contemporaines et fouillées dans ce même secteur, conduisent à nuancer certaines affirmations trop catégoriques. La sépulture de Fampoux (bracelet présenté dans l’exposition) a été découverte isolée alors que les nécropoles de Duisans et Gavrelle sont «birituelles» : les deux modes cohabitent sur le même site, daté du IIIème siècle. Enfin, des restes humains dans les habitats découverts à Duisans «La Sèche Epée» ou à Arras «Les Bonnettes» confirment l’absence des strictes frontières entre les deux mondes. Les morts peuvent côtoyer les vivants, enterrés sur les lieux de vie ou laissés abandonnés sans sépulture. Des ossements humains sont également collectés pour l’édification de trophées cultuels (sanctuaires de Moeuvres près de Cambrai ou de Ribemont-sur-Ancre dans la Somme).
Les résultats issus de fouilles récentes permettent aux archéologues d’avancer quelques hypothèses quant aux croyances celtes et leur évolution du Vème siècle jusqu’à la conquête romaine, au premier siècle avant J.-C. Le passage du rite de l’inhumation à celui de l’incinération traduit une évolution de la foi en un autre monde (pour lequel il fallait être préparé) à une croyance en la réincarnation de l’âme. La grande taille de certaines fosses à incinération, la présence de céramiques et d’offrandes alimentaires ne peut être le seul fait d’une période transitoire entre les deux rites, mais correspondrait plutôt à un possible culte chtonien : à une «divinité» de la terre. Le corps serait brûlé dans la fosse même et les céramiques seraient offertes contenant des libations.
Les fouilles du secteur géographique choisi pour l’exposition n’ont pas livré beaucoup de sépultures (Hainaut belge et Artois). La civilisation celte est mieux documentée par les fouilles d’habitat pour lequel il reste l’inconnu du devenir des morts.

barre.gif (592 octets)

Sépultures de Leval-Trahegnies, Hainaut belge.

anneau.jpg (6207 octets)Les tombes de Leval-Trahegnies du lieu-dit «La Courte» en Hainaut belge ont été fouillées entre 1905 et 1914. Les fosses, sans doute à incinération, contenaient plusieurs accessoires décoratifs de char et d’attelage, notamment une goupille d’essieu dont la tête est ornée d’un masque humain prolongé par des esses avec de longs yeux en amande (copie présentée dans l’exposition). Trois anneaux de rênes (l’un d’entre eux est présenté) complètent l’équipement qui devait appartenir à un char de combat ou de parade à deux roues, tiré par deux chevaux. Le matériel archéologique est encore constitué par des céramiques de belle qualité, caractérisée par des formes hautes carénées. L’ensemble est attribué au IIIème siècle avant J.-C.

D’après A. Cahen-Delhaye.«Nécropoles et rites funéraires dans le Hainaut belge et dans l’entre Sambre et Meuse» in Les Celtes en France du Nord et en Belgique.

barre.gif (592 octets)

La tombe de Fampoux, Artois.

bracelet.jpg (5738 octets)La sépulture de Fampoux, datée du IIIème siècle av. J.-C., contenait le corps d’une jeune femme couchée sur le côté gauche, en position semi-fléchie. Un bracelet de bronze, présenté dans l’exposition, ornait son bras gauche. La tombe de Fampoux diffère des autres inhumations artésiennes par la position du corps, son orientation, la forme de la fosse peu profonde et son caractère isolé. Il s’agirait peut-être d’une personne étrangère à la région, enterrée par les autochtones.
D’après R. Debiak et alii «Le devenir des restes humains après la mort en Artois aux IV et III ème siècles avant J.C» In Revue archéologique de Picardie n°1/2. 1998.

barre.gif (592 octets)

animefleche.gif (2652 octets)Sommaire