Sépultures de Leval-Trahegnies
La tombe de Fampoux
La connaissance des pratiques funéraires dans nos régions est soumise aux découvertes archéologiques car il nexiste aucune trace écrite qui puisse nous aider à la compréhension de ces rites. Les vestiges archéologiques traduisent des coutumes très complexes, diverses selon les époques et localisations. Linterprétation densemble est peu aisée. De plus, si quelques tombes sont richement fournies en objets (céramiques, bijoux, armes ou éléments métalliques de char), la plupart dentre elles sont peu spectaculaires. En effet, la tendance marquée à lincinération des corps induit le faible reliquat des vestiges ; les fosses ne sont pas matérialisées en surface, peu lisibles et le matériel archéologique pauvre. Cest alors que les études annexes à la fouille même sont très précieuses : anthropologie, zoologie, palynologie. Enfin, la séparation absolue du monde des vivants et des morts nexiste pas et il semble que tous les défunts naient pas place dans une nécropole.
De façon globale, et dans létat actuel de nos connaissances, on peut reconnaître en Gaule du Nord lévolution des rites funéraires communs à lEurope des Celtes. Pour cela, il faut intégrer les découvertes archéologiques dun Nord élargi : Champagne, Somme et Belgique comprises. En effet, dans le Nord Pas-de-Calais, aucune sépulture du Vème siècle na été découverte. Mais en Champagne, ou de façon comparative dans les Ardennes belges, a été mis au jour un très grand nombre de tombes à inhumation, où le défunt est équipé pour lau-delà, «apprêté de ses meilleurs atours». Pour les plus riches, on reconnaît les tombes féminines, dont le corps est paré de bijoux (torques, bracelets et fibules), des sépultures masculines identifiables par la présence darmes. Des offrandes alimentaires (morceaux de viande principalement) et des céramiques complètent le mobilier archéologique. Enfin, dans les plus prestigieuses dentre elles, un char, enfoncé dans la tombe grâce à deux encoches pour les roues, accompagne le défunt, homme ou femme.
La prédominance du rite de lincinération sur celui de linhumation au IIIème siècle avant J.-C. dans lEurope celte est vérifiée dans notre région. Autrement dit, même si aucune sépulture du Vème siècle na été retrouvée, la majorité des sites funéraires du IIIème siècle est constituée de fosses avec restes humains brûlés. A Bavinchove (près du Mont Cassel) deux fosses de grande taille, plutôt appropriée à une inhumation, ont été mises au jour en 1989. Des fragments de céramique permettent de dater lensemble à la Tène moyenne (III - IIème siècles). Dans louest du département du Pas-de-Calais et en Picardie, une partie du «Belgium» daprès la dénomination de la Guerre des Gaules, la multiplication des fouilles sur le tracé du TGV et des autoroutes A16, A28 et A29 a occasionné, très récemment la découverte de centaines de tombes, regroupées en de multiples petits cimetières, probablement déchelle familiale. Ces nécropoles, uniques dans la région, datent de la Tène moyenne et sont associées à lhabitat dispersé caractéristique de cette région. Dans les fosses, les ossements à demi-brûlés sont déposés en tas avec parfois des accessoires vestimentaires et accompagnés de quelques céramiques. En Artois, aucune nécropole entière na été repérée mais quelques tombes, de façon majoritaire à incinération, présentent cependant une grande complexité des rites. A Saint-Laurent-Blangy, près dArras, trois fosses à incinération attribuables à la deuxième moitié du IVème siècle et à la première moitié du IIIème siècle présentent en des fosses spacieuses, des restes dincinération de corps humains et danimaux disposés à côté de céramiques de belle qualité, regroupées dans un coin. Le mobilier de deux tombes est présenté dans lexposition. Leur aspect est comparable à celui des poteries du «Groupe de la Haine» en Hainaut Belge (matériel des tombes de Leval-Trahegnies, exposé). Des sépultures à inhumation, contemporaines et fouillées dans ce même secteur, conduisent à nuancer certaines affirmations trop catégoriques. La sépulture de Fampoux (bracelet présenté dans lexposition) a été découverte isolée alors que les nécropoles de Duisans et Gavrelle sont «birituelles» : les deux modes cohabitent sur le même site, daté du IIIème siècle. Enfin, des restes humains dans les habitats découverts à Duisans «La Sèche Epée» ou à Arras «Les Bonnettes» confirment labsence des strictes frontières entre les deux mondes. Les morts peuvent côtoyer les vivants, enterrés sur les lieux de vie ou laissés abandonnés sans sépulture. Des ossements humains sont également collectés pour lédification de trophées cultuels (sanctuaires de Moeuvres près de Cambrai ou de Ribemont-sur-Ancre dans la Somme).
Les résultats issus de fouilles récentes permettent aux archéologues davancer quelques hypothèses quant aux croyances celtes et leur évolution du Vème siècle jusquà la conquête romaine, au premier siècle avant J.-C. Le passage du rite de linhumation à celui de lincinération traduit une évolution de la foi en un autre monde (pour lequel il fallait être préparé) à une croyance en la réincarnation de lâme. La grande taille de certaines fosses à incinération, la présence de céramiques et doffrandes alimentaires ne peut être le seul fait dune période transitoire entre les deux rites, mais correspondrait plutôt à un possible culte chtonien : à une «divinité» de la terre. Le corps serait brûlé dans la fosse même et les céramiques seraient offertes contenant des libations.
Les fouilles du secteur géographique choisi pour lexposition nont pas livré beaucoup de sépultures (Hainaut belge et Artois). La civilisation celte est mieux documentée par les fouilles dhabitat pour lequel il reste linconnu du devenir des morts.
Sépultures de Leval-Trahegnies, Hainaut belge.
Les tombes de Leval-Trahegnies du lieu-dit «La Courte» en Hainaut belge ont été fouillées entre 1905 et 1914. Les fosses, sans doute à incinération, contenaient plusieurs accessoires décoratifs de char et dattelage, notamment une goupille dessieu dont la tête est ornée dun masque humain prolongé par des esses avec de longs yeux en amande (copie présentée dans lexposition). Trois anneaux de rênes (lun dentre eux est présenté) complètent léquipement qui devait appartenir à un char de combat ou de parade à deux roues, tiré par deux chevaux. Le matériel archéologique est encore constitué par des céramiques de belle qualité, caractérisée par des formes hautes carénées. Lensemble est attribué au IIIème siècle avant J.-C.
Daprès A. Cahen-Delhaye.«Nécropoles et rites funéraires dans le Hainaut belge et dans lentre Sambre et Meuse» in Les Celtes en France du Nord et en Belgique.
La sépulture de Fampoux, datée du IIIème siècle av. J.-C., contenait le corps dune jeune femme couchée sur le côté gauche, en position semi-fléchie. Un bracelet de bronze, présenté dans lexposition, ornait son bras gauche. La tombe de Fampoux diffère des autres inhumations artésiennes par la position du corps, son orientation, la forme de la fosse peu profonde et son caractère isolé. Il sagirait peut-être dune personne étrangère à la région, enterrée par les autochtones.
Daprès R. Debiak et alii «Le devenir des restes humains après la mort en Artois aux IV et III ème siècles avant J.C» In Revue archéologique de Picardie n°1/2. 1998.
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